L’avocate de Trierweiler a-t-elle franchi la limite ?

Valérie Trierweiler

La compagne du président François Hollande, Valérie Trierweiler, à Chicago le 20 mai 2012 (OLIVIER DOULIERY-POO/SIPA)

L’avocate de Trierweiler a-t-elle franchi la limite ? Pas sûr

Jeudi soir, les lecteurs du Figaro découvrent un article orné d’un « exclusif » qui attire l’œil. Le papier cite longuement l’avocate de Valérie Trierweiler, Me Frédérique Giffard – une proche, précise le quotidien, qui « n’entend pas franchir les limites du secret professionnel ni commenter la situation personnelle du couple ».

C’est bien en tant qu’avocate qu’elle s’exprime. Et d’ailleurs Frédérique Giffard ne dit rien de compromettant : elle désapprouve poliment « la surenchère médiatique » qui entoure sa cliente, loue le « sens des responsabilités » de cette « femme de gauche ». Bien entendu, si l’avocate prend la parole, c’est pour faire le point sur la situation de Valérie Trierweiler et temporiser :

« Le président de la République et ma cliente réfléchissent. La décision n’appartient qu’à eux. Il est très difficile pour Valérie Trierweiler d’être sereine face à cette pression médiatique et politique. Mais elle est consciente qu’une clarification s’impose. »

« Elle a parlé sans savoir »

Pas de quoi fouetter un chat, mais l’intervention a rendu furax le chef de cabinet de Valérie Trierweiler, Patrice Biancone. Illico, il se manifeste auprès de BFMTV :

« Il n’y a qu’une seule personne mandatée au nom de Valérie, c’est moi. »

Presque en écho, la compagne de François Hollande sort du silence sur Europe 1 :

« Elle a parlé sans savoir et sans être mandatée. Elle n’est plus mon conseil. […] Je découvre tous les jours des soi-disant proches que je ne connais pas et qui parlent en mon nom. »

Désavouée et congédiée, Frédérique Giffard a-t-elle commis une faute ? Dans quelle conditions un avocat peut-il s’exprimer publiquement sur son client ? Le règlement intérieur de la profession n’est pas d’une grande aide. Il reste suffisamment vague pour laisser une grande latitude d’interprétation.

Par exemple, un avocat « fait preuve, à l’égard de ses clients, de compétence, de dévouement, de diligence et de prudence ». Et les règles du secret professionnel – « général, absolu et illimité dans le temps » – ne rentrent pas dans les détails de la relation entre un client et son conseil.

« Si ça se trouve, elle a fait ce qui était prévu »

Laure Heinich, avocate et blogueuse sur Rue89, estime que ces principes assez généraux suffisent.

« Devant les médias, c’est à l’avocat de faire la part des choses. Sur cette matière, il est difficile d’imaginer un autre cadre qu’un plan médiatique construit en accord avec sa cliente. Si ça se trouve, l’avocate a fait ce qui était prévu. »

L’absence de « mandat » évoqué par Biancone ne désigne pas un document écrit, un contrat formalisé entre l’avocat et la cliente, mais un accord préalable.

Jean-Marc Fedida, membre du conseil de l’ordre du barreau de Paris, reste prudent :

« J’ignore quel type de rapports l’avocat entretient avec sa cliente. Il semblerait que Mme Trierweiler ait contesté le fait de lui avoir donné mandat pour intervenir publiquement.

Si la cliente estime que son avocat a outrepassé la mission qu’elle lui a confiée, elle peut saisir l’organe déontologique approprié en écrivant au bâtonnier. »

Une avocate « prudente »

Un autre avocat, ami de Frédérique Giffard, s’étonne de la situation dans laquelle se retrouve sa consœur, une professionnelle « très prudente ». Il craint qu’un accord trouvé avec Valérie Trierweiler en personne n’ait été renié après l’intervention de ses conseillers. Ce qui aurait forcé la compagne du Président à faire marche arrière.

L’avocate défendait Valérie Trierweiler depuis plusieurs années, avant son installation à l’Elysée. Le Figaro le précise d’ailleurs :

« C’est en 2007 que la jeune femme a fait la connaissance de la journaliste de Paris Match, qui s’apprêtait à divorcer. Des liens de confiance et d’amitié se sont noués. A l’Elysée, la première dame a gardé son conseil, qui l’a assistée lors de diverses procédures judiciaires, notamment contre le livre “La Frondeuse”. »

Cet avocat a déjà entendu sa consœur regretter qu’une décision prise avec sa cliente ait été contredite par le cabinet de la première dame. « Ils croient savoir mieux qu’elle », dit-il. Pourtant, il ne voit rien dans l’article du Figaro qui « aille contre les intérêts de Valérie Trierweiler ».

Plusieurs hypothèses pourraient donc expliquer ce cafouillage : une interview qui déborderait du cadre fixé, mais aussi un rétropédalage de Valérie Trierweiler ou des propos « off » lâchés pour donner du contexte et retranscrits tels quels.

Frédérique Giffard a peut-être perdu une cliente mais elle ne devrait pas s’attirer d’ennuis déontologiques. L’ex-avocate d’Abdelhakim Dekhar, qui avait très librement parlé de son ancien client sans son aval au moment des tirs de BFM et Libération, n’en avait pas eu.

Source: http://rue89.nouvelobs.com/2014/01/24/lavocate-trierweiler-a-t-depasse-les-bornes-249350


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